abattue


abattue

I.
⇒ABATTU, subst. masc.; ABATTUE, subst. fém.
A.— Masc. 1. (À) l'abattu. Position abattue du chien de fusil (cf. abattre, sém. ARMURERIE, I A 2). 2. P. anal. Expr. arg. mettre les godillots à l'abattu :
« Mettre ses godillots à l'abattu, Exposer ses godillots la semelle en dessus (et cirée!), les jours d'inspection; — analogie avec le chien du pétoir, St-Cyr, 1903-1905. »
R. MULOT, Notes manuscrites sur l'argot de St-Cyr, 1918-1919 (Esn. 1965).
B.— Fém. 1. ARCHIT. La retombée d'une voûte (vieilli). 2. SALINES. Travail d'une chaudière pleine d'eau salée, depuis le moment où on la met au feu jusqu'à celui où on la laisse reposer. 3. MAR. Action d'un vaisseau qui suit la direction du vent en se retournant.
Prononc. :[abaty]. Enq. :/abaty/.
ÉTYMOL. — 1. 1395 « action de démolir (une constr.) », terme d'archit. (ds Lobin., II, 790 ds GDF. : nonobstant la demolicion et abatue du chastel de Tonquedeuc); 2. 1751 terme de salines (Encyclop. s.v. :On entend à Moyenvic et dans les autres salines de Franche-Comté par une abattue, le travail continu d'une poële, depuis le moment où on la met en feu, jusqu'à celui où on la laisse reposer...); 3. 1752 (Trév. Suppl., terme archit. : Abatue. C'est la distance horizontale de la naissance d'un arc à la perpendiculaire qui tombe d'une division de cet arc ou de son extrémité supérieure sur son diamètre horizontal). Ce terme n'est plus guère en usage; on se sert de celui de retombée.
Part. passé substantivé de abattre :1 et 3, de abattre, étymol. 1, sens propre; prob. à cause de la perpendiculaire qui se projette en s'abattant à l'horizontale (cf. abattre, étymol. 1 a, XIIIe s. « mettre à l'horizontale par le jeu régulier d'un système, un pont-levis à la verticale », Gaufrey); 2, de abattre, étymol. 2 emploi fig. (cf. abattre, étymol. 2, 1180, terme phys. « faire disparaître par évaporation », Aymeri de Narbonne).
HIST. — Subst. masc. et fém. rarement attesté en fr. mod. et seulement dans des emplois techn. Les accept. d'a. fr. mentionnées par l'étymol. ont toutes disparu et ne sont même plus recensées par les dict. post. au XVe s. Les accept. mod., sans rapport avec les accept. anc. et issues d'accept. différentes de abattre (dans lesquelles on retrouve toujours l'idée de chute — au propre et au fig. — comprise dans le verbe) semblent être senties comme des néol.
I.— Disparitions av. 1789. — A.— Abattu, subst. masc. — « Fait d'être abattu »; 1 attest. isolée au XVIIIe s. Il s'agit du part. subst. dans un emploi proleptique (cf. le négligé de sa mise) : Elles [les signatures des ducs et pairs] furent incontinent regardées par ces deux maréchaux [Villeroy et Villars], et reconnues sans doute, au farouche abattu de leurs yeux. SAINT-SIMON, Mémoires, éd. Lanneau, 1876, t. II, p. 206, (Littré Suppl.). B.— Abattue, subst. fém. — 1. Étymol. 1, XIVe s. Le mot dans ce sens a été très vite supplanté par abattement et abattage exprimant l'action du verbe. 2. Terme d'archit. « retombée d'un arc », présenté comme vieilli à sa 1re attest. ds Trév. 1752 (cf. étymol. 3); repris par Trév. 1771, Ac. Compl. 1842, BESCH. 1845, LITTRÉ, DG et Lar. encyclop. qui le donnent tous pour vieux et le rejettent au profit de retombée.
II.— Hist. des accept. attestées apr. 1789. — A.— Abattu, subst. masc. (A 1), terme d'armurerie; 1re attest. LITTRÉ (cf. abattage, hist. II A 8) : Le chien d'une arme à feu à percussion est dite à l'abattu quand il repose sur la cheminée. LITTRÉ. — XXe s. Terme attesté dans les dict. contemp. : Position du chien d'un fusil désarmé. Cran de l'abattu. Pt ROB. — Rem. P. anal., terme d'arg. (cf. ex.). B.— Abattue, subst. fém. — 1. B 2, terme de salines; 1re attest. 1751 (cf. étymol. 2), subsiste jusqu'au DG. 2. B 3, terme de mar.; 1 attest. isolée ds BESCH. Absent de la docum., des gloss. et lex. spécialisés. (cf. abattre).
STAT. — Fréq. abs. litt. :1 524. Fréq. rel. litt. :XIXe s. : a) 3 144, b) 2064; XXe s. : a) 1 851, b) 1 578.
BBG. — BARB.-CARD. 1963. — CHABAT 1875-76. — CHESN. 1857. — GAY 1967. — NYSTEN 1814-20.
II.
⇒ABATTU, UE, adj.
A.— Sens propre. Abaissé, affaissé :
1. Elle [la Faustin] possédait ... des épaules abattues et joliment tombantes...
E. DE GONCOURT, La Faustin, 1882, p. 231.
P. ext. ds la loc. (à) bride abattue. Retombé (sur le cou du cheval), relâché :
2. Je m'en vais musant et baguenaudant, comme disait Rabelais, jusqu'à Naples; et de là, ayant fait ce que j'ai à faire, vu ce que j'ai à voir (c'est l'affaire de peu de jours), je repars ventre à terre à bride abattue jusqu'à Paris, jusqu'à vous, Madame; ...
P.-L. COURIER, Lettres de France et d'Italie, 1811, p. 848.
3. Et les autres chevaux, étriers ballants, sabre cliquetant, galopaient bride abattue, épouvantés, hennissants, et traçaient de grands cercles à travers les champs moissonnés, dont ils semblaient ne pouvoir s'écarter, comme des oiseaux surpris par un coup de fusil...
J. DE PESQUIDOUX, Le Livre de raison, t. 1, 1925, p. 236.
Rem. Sans prép. l'expr. est plutôt une constr. part. absolue.
B.— Sens fig. Privé de ses forces physiques ou morales :
4. Je te dirai encore avec la même franchise que lorsque ma mère était seule avec moi, et qu'elle me voyait toujours triste, morne et abattu, elle exhalait quelquefois sa douleur en plaintes contre moi et contre toi; ...
V. HUGO, Lettres à la fiancée, 1822, p. 185.
5. Je me sens mieux depuis hier midi. Mais jeudi fut vraiment sans nulle force. Très abattu. Le contraire de l'ascension.
A. GIDE, P. VALÉRY, Correspondance, lettre de P.V. à A.G., mai 1918, p. 472.
Rem. L'emploi possible de très (cf. ex. 5) prouve la valeur adj. de abattu.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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